Organiser la paix, Dé-construire le goût du conflit…

Le 8 décembre prochain, le docteur Denis Mukwege chirurgien « réparateur » des femmes violées, et Nadia Mourad, ancienne esclave sexuelle de Daech, recevront le prix Nobel de la paix, pour leur détermination à combattre l’utilisation des violences sexuelles comme armes de guerre.
Le poids de leurs actes et le poids de leurs mots, pour faire reculer la barbarie, doivent faire réfléchir chacun d’entre nous à la manière d’agir et de parler pour contribuer à l’organisation d’un corps politique harmonisé, à la restauration du tissu social, à la réconciliation des religions autour d’un dessein commun d’humanisation.
L’ONU a choisi pour l’année 2018, en référence à la déclaration universelle des droits de l’homme de 1948, de privilégier le droit à la paix. Ce droit n’est pas seulement essentiel : il est vital et, comme tous les droits, il implique un devoir.
Nous avons tous en effet le devoir, conformément à la mission de l’UNESCO, de « construire la paix dans l’esprit des hommes et des femmes ».
Cette exigence n’est pas abstraite. Il s’agit notamment de favoriser un accès de plus en plus large aux connaissances – d’ordre culturel, religieux, social, économique, politique – sans lesquelles on se méconnaît et on se caricature. Acquérir un savoir, un savoir-faire, aide à structurer un langage, apporte les mots.
Ceux qui ont eu la chance d’apprendre à s’exprimer ont-ils conscience que le manque de mots peut être aussi cruellement ressenti que le manque de biens matériels ? L’impuissance à se faire entendre devient mortifère et meurtrière. Elle engendre le goût du conflit, le plaisir malsain de détruire – le bien d’autrui, et jusqu’au bien commun.
On en vient à s’attaquer aux symboles mêmes de la cause qu’on souhaite défendre. Comme si on ignorait les combats de ceux qui ont œuvré pour la liberté de parole, l’égalité des chances, la fraternité.
Revendiquer une meilleure répartition des richesses est plus que légitime, mais soyons vigilants, ne nous trompons pas de combat ni de compassion.
Car derrière cette demande, il y a le désir d’être utile, d’avoir la possibilité de partager, et finalement de ne pas être rivé à soi-même par manque de moyens.
Si la capacité de donner devient un luxe, si être solidaire consiste à ne l’être que pour son camp, alors une société se meurt d’avoir trahi ce qui fait la dignité de la personne, à savoir son appartenance à l’ensemble de la famille humaine.

Écoutons ce que la chanteuse Barbara Hendricks disait déjà en 1997 :
« C’est à chacun de clamer qu’il fait partie de la famille humaine. (…)
Car nous sommes tous identiques et l’enfant qui souffre est mon enfant. La promotion des droits de l’homme implique la vigilance de tous. A tous moments. »

En cette fin d’année 2018, il ne nous est plus permis d’oublier notre appartenance à une humanité universelle.